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LES CAHIERS DE SAINT-MICHEL DE CUXA

Sommaires

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Année 2005, n° 36

L’aristocratie, les arts et l’architecture à l’époque romane

Hélène DÉBAX
L’aristocratie méridionale autour de 1100
Teresa VINYOLES - Elena CANTARELL
Castell és com qui diu casa alta”. La vie de la petite noblesse médiévale en Catalogne
Guy BARRUOL - François GUYONNET - Marie-Pierre ESTIENNE - Francesco FLAVIGNY
Le château médiéval de Simiane en Provence
Virginie CZERNIAK
Le décor peint dans l’habitat aristocratique médiéval : exemples méridionaux
Aymat CATAFAU
Cuixà et l’aristocratie catalane
Daniel CODINA
La chapelle de la Trinité de Saint Michel de Cuixà. Conception théologique et symbolique d’une architecture singulière
Edwige PRACA
Contribution à l’histoire des biens meubles et immeubles de l’abbaye Saint-Michel de Cuxa (v. 1750 - v. 1950)
Anne-Laure NAPOLÉONE
Les demeures aristocratiques des villes méridionales à l’époque romane
Avinoam SHALEM
La voix du héros.Note sur la fabrication et l’utilisation des cors médiévaux comme instruments de musique
Sophie MAKARIOU
Le jeu d’échecs, une pratique de l’aristocratie entre Islam et chrétienté des IXe-XIIIe siècles
Julie ENCKELL JULLIARD
Entre patriciat urbain et pouvoir nobiliaire : Maurus d’Amalfi et le destinataire du coffret en ivoire dit de Farfa
Julia BELTRÁN DE HEREDIA BERCERO
Les élites locales et la formation du centre de pouvoir à Barcelone. Un exemple de continuité (IVe-XIIIe siècle)
Dominique WATIN GRANDCHAMP - Laurent MACÉ
Vestiges d’un monde aristocratique : une nécropole familiale dans un garage et une salle d’apparat dans le grenier d’une ancienne abbaye
Montserrat PAGÈS i PARETAS
Noblesse et patronage : El Burgal et Mur. La peinture murale en Catalogne aux XIe et XIIe siècles
Dulce OCÓN ALONSO
“Regnum et sacerdotium” au monastère de Silos
Jordi CAMPS I SÒRIA - Immaculada LORÉS I OTZET
Le patronage dans l’art roman catalan
Bérangère SOUSTRE DE CONDAT
Pouvoir et mécénat : le rôle des femmes dans le développement des arts religieux en Sicile (XIe - 1ère moitié du XIIIe siècle)
Nathalie LE LUEL
Angoulême, Modène, Bari : l’image de l’aristocratie guerrière à la conquête de l’espace religieux ?

 

Résumés



Le château médiéval de Simiane en Provence
Guy BARRUOL - François GUYONNET - Marie-Pierre ESTIENNE - avec le concours de Francesco FLAVIGNY

RÉSUMÉ
Le château de Simiane, situé dans la partie méridionale du département des Alpes-de-Hautes-Provence est en cours de réhabilitation depuis quelques années. Les recherches archéologiques récentes apportent une nouvelle perception des différents bâtiments qui composent ce château. La tour maîtresse, datée de la fin du XIIe siècle ou du début du XIIIe siècle, plus connue sous le nom de rotonde est un monument emblématique et particulièrement original par son architecture et sa décoration. Aujourd’hui, la rotonde de Simiane peut être analysée avec les autres bâtiments composant le château. Celui-ci domine le village et la vallée et se concentre dans un plan ovale, établi dès l’origine (au XIe-XIIe siècle), où la tour maîtresse forme l’élément clef, se dressant au-dessus d’une basse-cour bordée de logis appuyés contre la courtine.

ABSTRACT
The château of Simiane, situated in the southern part of the French Alpes de Haute Provence, has been undergoing restoration for some years. Recent archaelogical research provides a new understanding of the different buildings which make up the château. The main tower, dating from the end of the 12th century of the beginning of the 13th, known as the Rotonde, is a symbolic monument, with unusual architecture and decoration. Today it is possible to interpret the Simiane Rotonde together with the other buildings which constitute the château. Dominating the village and the valley, it has an oval shape that was there from the beginning in the 11th and 12th centuries, with the main tower at the centre, rising above a courtyard with living quarters built into the ramparts.



Le décor peint dans l’habitat aristocratique médiéval : exemples méridionaux
Virginie CZERNIAK

RÉSUMÉ
L’habitat aristocratique et patricien du Midi médiéval ne conserve à ce jour aucun exemple de décor peint qui puisse être antérieur à 1200. En dépit de ce constat archéologique négatif, il convient de prendre en considération les facteurs – pérennité de la tradition picturale et sources littéraires contemporaines – qui autorisent à évoquer la présence de peintures murales dans l’architecture civile romane. En parallèle, il est permis de réfléchir à la fonction attribuée à la peinture murale dans les édifices à caractère résidentiel, un usage qui, dans le cas des décors figurés rencontrés à partir du XIIIe siècle, peut se révéler directement significatif du statut social du commanditaire. Sans réelles spécificités, ces ensembles picturaux méridionaux de la première production gothique associent une organisation et une esthétique générale indiscutablement septentrionale à un répertoire ornemental dont seuls quelques motifs peuvent traduire une originalité méridionale.

ABSTRACT
The aristocratic and patrician environment of medieval Noon preserves this day no example of decoration paints that can be previous in 1200. In spite of this negative archaeological report, it is advisable to consider the factors – perpetuity of the pictorial tradition and contemporary literary sources – that authorize to evoke the
presence of murals in the Romanic civil architecture. In parallel, it is allowed to think about the function attributed to the mural in buildings with residential character, a custom that, in the case of the figurative decorations met from the XIIIth century, can show itself directly significant of the social status of the financier. Without real specificities, those Southern pictorial sets, which belong first Gothic production, associate an organization and an indisputably northerly general aesthetics to a decorative directory from which only some motives can translate a Southern originality.



Cuixà et l’aristocratie catalane
Aymat CATAFAU

RÉSUMÉ
Un grand monastère comme Cuixà entretient avec l’aristocratie des relations complexes en raison de ses fonctions religieuses et de sa situation de riche propriétaire foncier, comme seigneur à côté d'autres seigneurs, en conflit ou en compétition avec les puissants. Les chartes de l’abbaye illustrent de nombreux aspects de l'implication du monastère dans le monde féodal qui l'environne : la difficulté de faire respecter les legs testamentaires par les héritiers des familles aristocratiques, le poids des prélèvements d'origine publique ou militaire sur les terres de l'abbaye, le partage des droits ecclésiastiques relevant d'églises privées ou de dépendances monastiques, l’entrée de nobles dans la vassalité du monastère devenu acteur dans les rapports féodaux, la fabrication de documents falsifiés pour justifier les droits de Cuixà contre les revendications des laïcs. À côté des actes simples que sont les donations ou les testaments, les actes de résolution de conflits présentent l'intérêt de dévoiler des rapports de force sous-jacents, rapports exceptionnellement mis au jour lors de conflits conclus par un déguerpissement qui donne satisfaction aux moines, tout en indemnisant bien souvent la partie adverse. L'image que donnent ces documents est celle d’une implication active des moines dans les relations de pouvoir, condition sine qua non de l’inscription du monastère dans la société de son temps et de la pérennité de son autonomie et de ses fonctions.

RESUM
Un gran monestir com Cuixà manté relacions complexes amb l’aristocràcia a causa de les seves funcions religioses i la seva condició de ric propietari predial, com a senyor al costat d’altres senyors, en conflicte o competint amb els poderosos. La documentació de l’abadia il·lustra nombrosos aspectes de la implicació del monestir en el món feudal que l’envolta: la dificultat de fer respectar els llegats testamentaris pels hereus de les famílies aristocràtiques, el pes de les extraccions d’origen públic o militar sobre les terres de l’abadia, la repartició dels drets eclesiàstics referents a esglésies privades o a dependències monàstiques, l’entrada de nobles en el vassallatge del monestir esdevingut actor en les relacions feudals, l’elaboració de documents falsos per justificar els drets de Cuixà contra les reivindicacions dels laics. Al costat d’actes simples com les donacions o els testaments, les actes de resolució de conflictes presenten l’interès de revelar relacions de força subjacents, relacions excepcionalment posades al dia en el moment dels conflictes acabats per un abandonament que dóna satisfacció als monjos, tot indemnitzant sovint la part contrària. La imatge que donen aquests documents és la d’una implicació activa dels monjos en les relacions de poder, condició sine qua non de la inscripció del monestir en la societat del seu temps i de la perennitat de la seva autonomia i de les seves funcions.

ABSTRACT
A large monastery as Cuixà maintains with the aristocracy complex relations because of its religious functions and its rich landowner situation, like lord beside other lords, in conflict or competition with the powerful ones. The charters of the abbey illustrate many aspects of the implication of the monastery in the feudal world which surrounds it : the difficulty in making respect the testamentary legacies by the heirs to the aristocratic families, the weight of the charges of public or military origin on the grounds of the abbey, the division of the ecclesiastical rights concerned with private churches or monastic dependences, the entry of the nobles in the vassalage of the monastery, actor in the feudal relationship, the making of documents falsified to justify the rights of Cuixà against the claims of the laics. Beside the simple acts that are the donations or the wills, the acts of resolution of conflicts are of the interest to reveal subjacent relations of force, exceptionally put at the day at the time of conflicts concluded by an abandonment which gives satisfaction to the monks, while very often compensating the opposing party. The image that these documents give is that of an active implication of the monks in the relations of power, indispensable condition of the inscription of the monastery in the society of its time and of the perenniality of its autonomy and its functions.



Contribution à l’histoire des biens meubles et immeubles de l’abbaye Saint-Michel de Cuxa (v. 1750 - v. 1950)
Edwige PRACA

RÉSUMÉ
L’objet de cet article est d’abord de poser les cadres institutionnels qui ont présidé à la vente de l’abbaye Saint Michel de Cuxa à la Révolution française. Les procédures de mise en vente de ce patrimoine immobilier constituent de fait une extension des pratiques d’Ancien Régime, précédemment appliquées au patrimoine mobilier. Des inventaires inédits d’argenterie servent d’exemple à cette démonstration. A partir de la dispersion des colonnes du cloître, la seconde partie de l’article retrace la lente substitution de la notion de patrimoine historique à celle de patrimoine privé. Une série d’acteurs et de mises en scène contribuent à cette transition: l’esthétique picturale et architectonique de ses ruines, sa restauration et son orchestration médiatique visent à officialiser ce changement. Avant la 1ère Guerre mondiale, l’abbaye est perçue comme un “bien public”, au double sens de propriété collective connotée d’une valeur morale : ce changement des mentalités contribue dès lors à son sauvetage.



Les demeures aristocratiques des villes méridionales à l’époque romane
Anne-Laure NAPOLÉONE

RÉSUMÉ
À l’origine de la demeure aristocratique, les résidences princières dont bon nombre sont connues dans les régions du sud de la France, mais peu sont étudiées. Ces résidences s’organisent en différents pôles (politique, religieux, privés et économique) répondant aux nécessités de la vie princière. C’est sur ce modèle que vont être édifiées les demeures des membres de l’aristocratie urbaine : chevaliers, ministériaux, seigneurs et autres élites qui émergent dans les villes à partir du milieu du Xlle siècle. Ces édifices se distinguent dans le paysage urbain par l’emplacement, la taille, le soin porté à la construction et autres éléments architecturaux ostentatoires comme la tour, l’apparat militaire ou un décor sculpté particulièrement soigné.

ABSTRACT
The origin of the aristocratic dwelling is to be found in the princely residences. A good deal of them are well-known in the regions of South France but a few have been studied. These residences are organized in different fields (political, religious, private and economic) according to the necessities of princely life. On such a model will the urban aristocracy member’s dwellings be built : knights, ministers, lords and other elites who emerge in the towns from the mid 12th century on. These buildings stand out in the urban landscape for the emplacement, the size, the care in the construction and other ostentatious architectural elements like the tower, the military apparel or a thoroughly sculptured decoration.



Le jeu d’échecs, une pratique de l’aristocratie entre Islam et chrétienté des IXe-XIIIe siècles
Sophie MAKARIOU

RÉSUMÉ
Le jeu d’échec est une pratique complexe. Transmis depuis l’Inde jusqu’à l’Iran pré-islamique, c’est sur ces terres que l’Islam conquérant en fait l’acquisition dans le cours du VIIe siècle. La pratique des échecs (persan : shatranj, du sanskrit chatur-anga, “ayant quatre rangs”) est intimement liée à l’éducation militaire des princes : elle met en œuvre les capacités stratégiques des joueurs ; elle est, suivant les mots peu aimables de l’Egyptien al-Sakhawi (XVe siècle), “inventée pour les rois et les riches, non pour les pauvres et les minables”. Son vocabulaire le dit assez : le roi, le conseiller, l’éléphant et le valet de pied en sont les figures. Pratique aristocratique par excellence que souligne encore l’intervention d’une main d’œuvre qualifiée pour produire des pièces complexes, dans des matériaux souvent précieux. On ne peut improviser des pions d’échecs à la différence de ceux du tric-trac. La connaissance des échecs est donc, en Orient, un signe de distinction sociale. Mais elle l’est également lors de son arrivée en Occident, par le biais de l’Espagne islamique puis chrétienne. C’est dans la péninsule ibérique qu’ont été retrouvés en plus grand nombre des pions d’échecs islamiques en cristal de roche issus de jeux dépareillés. Au XIIIe siècle les Libros de acedrex, dados e tablas écrits pour Alphonse X de Castille témoignent de l’aura aristocratique du jeu, tout comme d’ailleurs les mentions dans les œuvres littéraires de l’Occident médiéval. À l’aube du XVIIe siècle cependant, Cervantès notera dans le Quichotte “On permet dans les Etats bien ordonnés, qu’il y ait des jeux d’échecs, de paume ou de billard pour l’amusement de ceux qui ne peuvent, ne veulent ou ne doivent travailler”, signe tangible du déclin de l’étoile du jeu.



Entre patriciat urbain et pouvoir nobiliaire : Maurus d’Amalfi et le destinataire du coffret en ivoire dit de Farfa
Julie ENCKELL JULLIARD

RÉSUMÉ
La présente étude revient sur un célèbre coffret en ivoire conservé au musée de l’abbaye de Farfa et s’attache en particulier à la question de son destinataire. L’objet confectionné dans un atelier d’ivoiriers amalfitain ou salernitain est aujourd’hui unanimement perçu comme un présent ayant été adressé à l’abbé de Farfa à l’occasion d’une importante cérémonie survenue en 1060. Il s’agit d’évaluer les différents arguments avancés à l’appui de cette affirmation, en tenant compte de différents paramètres : les spécificités de l’importante épigraphe qui court le long des grands côtés du coffret, ainsi que ses éventuelles correspondances avec le programme iconographique ; la scène de l’Ascension et ses liens avec la production artistique locale de la deuxième partie du XIe siècle ; les éléments qui rattachent le commanditaire de l’objet d’ivoire à l’abbaye du Mont-Cassin. On montrera par l’étude des sources historiques qu’il est difficilement possible de relier l’objet en ivoire à l’abbé de Farfa, tandis que certains éléments de son épigraphe semblent insister sur le contexte politique de la confection du coffret, laissant à penser que le coffret avait été adressé à l’abbé Didier du Mont-Cassin.



Vestiges d’un monde aristocratique : une nécropole familiale dans un garage et une salle d’apparat dans le grenier d’une ancienne abbaye
Dominique WATIN GRANDCHAMP - Laurent MACÉ

RÉSUMÉ
L’ancienne abbaye bénédictine Notre-Dame de la Sagne a été fondée à Vielmur (Tarn), aux alentours de l’an mil par la famille vicomtale de Lautrec. Ses premiers bienfaiteurs, membres d’un puissant et riche lignage de la région, font de cet établissement un relais de leur autorité et de leur prestige : jusqu’à la fin du XIVe siècle, les abbesses sont des filles issues de la dynastie princière. L’étude architecturale d’une partie des vestiges, transformés en garage et en grenier, permet de découvrir, au niveau inférieur, une salle aux enfeus et, à l’étage, une salle haute ornée d’une riche frise héraldique. Plus qu’un simple lieu de dévotion, le site de Vielmur apparaît comme un lieu de mémoire dévolu au sentiment lignager. Les quelques éléments relatifs aux éventuelles inhumations réalisées dans les enfeus demeurent, pour l’instant, peu explicites. Toutefois, l’analyse et l’identification des armoiries peintes sur les parois du mur de la salle haute viennent étayer l’hypothèse d’un espace de commémoration lignagère, créé et sanctuarisé avec soin par les abbesses du XIVe siècle, afin d’entretenir le culte des ancêtres mais aussi pour rappeler les prestigieuses unions matrimoniales nouées par l’ensemble de la parentèle.



Noblesse et patronage : El Burgal et Mur. La peinture murale en Catalogne aux XIe et XIIe siècles
Montserrat PAGÈS i PARETAS

RESUM
L’autora revisa els conjunts de pintura mural del Burgal i de Mur a la llum de les noves descobertes, tant pictòriques, com arqueològiques i documentals, importants en relació amb les pintures i amb la noblesa que les va patrocinar, els comtes de Pallars Sobirà i de Pallars Jussà respectivament. En el cas del Burgal, la descoberta d’un palimsest in situ amb el retrat de dos personatges joves, pressumiblement de la família comtal, ha permès de puntualitzar la datació de les pintures. En el cas de Mur, les pintures s’han analitzat en relació amb l’assassinat del comte Ramon V i amb el jurament de pau i treva que, per imposició del bisbe Ot d’Urgell, prestaren el seu fill, el comte Pere Ramon, i els seus homes. La relació de les pintures amb aquests esdeveniments és innegable.

ABSTRACT
This paper revises the paintings of El Burgal and Mur, taking into account the new discoveries of frescoes and archeological findings, as well as the historical sources, very important in relation with the frescoes and with the nobility who commanded them, the counts of Pallars Sobirà and Pallars Jussà respectively. The discovery of a fresco palimpsest in the church of El Burgal with the portraits of two young noble people, probably of the family of the counts, has lead the author to settle a new cronology for the paintings. The frescoes from Mur had been analysed in relation with the murder of the count Ramon V and with the oath of peace and truce of God that the bishop imposed to his successor, the count Pere Ramon, and to the count’s men. The connection of the paintings with those events is undeniable.



“Regnum et sacerdotium” au monastère de Silos
Dulce OCÓN ALONSO

RÉSUMÉ
Cette communication porte sur la seconde phase du cloître de Silos vu sous l’angle du patronat des rois de Castille et la conjoncture historique du royaume au cours de la seconde moitié du XIIe siècle. Sans perte de vue cette perspective, on y analyse les connotations existant entre les deux reliefs de l’angle sud-ouest du cloître et la sculpture française vers 1180, d’une part, et les arts européens à inspiration aristocratique, d’autre part. La monumentalisation finale du cloître, que révèle la tendance des derniers cloîtres de la seconde moitié du XIIe siècle à incorporer des thèmes ressemblant à ceux des portails, permet d’expliquer la mise en scène finale imaginée par les promoteurs pour le sanctuaire où l’on vénérait les reliques du saint national de Castille. On ébauche finalement une explication sur la possible relation de ces sculptures avec le caractère funéraire du cloître et avec Martín de Finojosa qui fut l’un des agents de la politique monumentale du royaume.

ABSTRACT
This article is an approach to the second phase of the low cloister of Silos seen from the point of view of the patronage of the Castilian kings and the kingdom historical context during the second half of the XIIth. Bearing this in mind, the study analyses the connotations between the two relieves of the southwest pier and the French sculpture around 1180, and again with the aristocratic taste of that time. On the other hand, the incorporation of these relieves reveals the tendency of the cloisters of the second half of the XIIth century to incorporate subjects that were previously developed in early gothic façades. Finally, the article suggests a possible relationship between these sculptures and the funerary function of the cloister and with Martin de Finojosa, the king’s advisor on pious foundations.



Le patronage dans l’art roman catalan
Jordi CAMPS I SÒRIA - Immaculada LORÉS I OTZET

RÉSUMÉ
Après un Xe siècle basé sur des figures isolées et exceptionnelles, le parrainage sur la construction et l’art en Catalogne continue à s’élargir et à se généraliser au fur et à mesure qu’avance l’art roman. Les initiatives comtales et épiscopales s’intègrent dans le réseau de contacts entre les familles et les secteurs du pouvoir, de telle sorte que des figures comme l’abbé et évêque Oliba ou la comtesse de Barcelone Ermessinde seront en relation avec les constructions les plus significatives du XIe siècle. D’autres grands seigneurs féodaux s’inscrivent aussi dans ce panorama, comme les vicomtes d’Osona ou d’Arnau Mir de Tost. Pendant le XIIe siècle, la promotion artistique de l’aristocratie ne sera pas recueillie d’una façon si explicite dans la documentation. Ce travail présente un panorama général sur ces cas et sur d’autres pour devenir un point de départ dans l’étude du patronage dans l’art roman en Catalogne.

RESUM
Després d’un segle X basat en figures aïllades i excepcionals, el patrocini de l’aristocràcia sobre la construcció i l’art a Catalunya es va eixamplant i generalitzant conforme avança el romànic. Les iniciatives comtals i episcopals s’integren en la xarxa de contactes entre les famílies i els sectors de poder, de manera que figures com l’abat i bisbe Oliba o la comtessa de Barcelona Ermessenda es relacionaran amb les construccions més significatives del segle XI. També altres grans senyors feudals s’inscriuen en aquest panorama, com els vescomtes d’Osona o d’Arnau Mir de Tost. En el segle XII, la promoció artística de l’aristocràcia no serà recollida d’una manera tant explícita en la documentació. El treball presenta una visió general sobre aquests i altres casos amb la finalitat de contribuir en l’estudi de la comitència del romànic a Catalunya.

ABSTRACT
Although the aristocratic promotion of Arts and Architecture in Catalonia en the Xth century had been isolated and exceptional, it grew during the XIth and XIIth centuries. The initiatives of Counts and Bishops were taken within the structures between aristocratic families and the powers that were, in such a way that personalities like abbot, bishop Oliba or Barcelona’s countess Ermessenda had been promoted the most important buildings of the XIth century, and to a lesser degree other feudal lords, such as the viscount of Osona and Arnau Mir de Tost. By the XIIth century records of the period show us that such promotions were no longer such an important part of the documentation of the time. Our aims in this paper are to present a general panorama and to suggest a starting point fort it’s study.



Angoulême, Modène, Bari : l’image de l’aristocratie guerrière à la conquête de l’espace religieux ?
Nathalie LE LUEL

RÉSUMÉ
Les cathédrales Saint-Pierre d’Angoulême et San Geminiano de Modène, et la basilique San Nicola de Bari sont toutes les trois décorées en façade d’une grande scène épique sur laquelle prend place l’aristocratie guerrière. Historiens, historiens de l’art ou littéraires ont souvent tenté d’établir un lien entre ces trois exemples de sculpture monumentale et la littérature chevaleresque médiévale, puis plus directement avec l’histoire des XIe-XIIe siècles (particulièrement avec les guerres menées au nom de Dieu). Cependant le présent article s’interroge moins sur l’identification précise de chacun des motifs que sur la question du sens général de ces représentations héroïques placées dans un contexte religieux et disposées volontairement à l’extérieur du sanctuaire. Ainsi il apparaît que les images étudiées sont avant tout les paragraphes visuels d’un discours politique prôné par l’Église, discours dans lequel elle cherche à afficher les rapports qu’elle entretient avec l’aristocratie guerrière et sa volonté de modeler l’idéologie chevaleresque.

ABSTRACT
The cathedrals of Saint Peter in Angoulême, of San Geminiano in Modena, and the basilica of San Nicola in Bari all three present façades decorated with large epic scenes in which the warlike aristocracy comes to light. Historians, art historians and researchers in literature have often tried to establish a link between these three examples of monumental sculpture and medieval chivalric literature and then, more directly, with history of the XIth-XIIth centuries (particularly with wars led in the name of God). However the present article tackles less the precise identification of each of the motives than the question of the general meaning of these heroic representations placed in religious contexts and deliberately set on the outsides of the sanctuaries. Thus, it appears that the images studied are above all the visual paragraphs of a political discourse praised by the Church, a discourse in which they attempt to display the relations they keep with the warlike aristocracy and their will to shape the chivalric ideology.