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LES CAHIERS DE SAINT-MICHEL DE CUXA

Sommaires

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Année 2004, n° 35

Chrétiens et Musulmans, autour de 1100

Martí AURELL
La Catalogne autour de 1100
Pierre GUICHARD
Valence et les musulmans valenciens face aux chrétiens à l’époque de la reconquête
Henri BRESC
La Sicile, de la précroisade à la monarchie œcuménique (1060-1190)
Nicolas FAUCHERRE
La fortification au Proche-Orient avant les croisades : l’exemple du Sahyun
Gérard DÉDÉYAN
Les chrétiens orientaux face à l’Islam, de la fin du XIe à la fin du XIIIe siècle
Valentino PACE
Présence et reflets de l’art islamique en Italie méridionale au Moyen âge
Sophie MAKARIOU
L’ivoirerie de la péninsule ibérique aux XIe-XIIe siècles : entre Andalus et Hispania
Avinoam SHALEM
Des objets en migration : les itinéraires des objets islamiques vers l’Occident latin au Moyen âge
Milagros GUARDIA
À propos de la cuve de Xàtiva : un exemple de synthèse des substrats classique et islamique
Xavier BARRAL i ALTET
Sur les supposées influences islamiques dans l’art roman : l’exemple de la cathédrale Notre-Dame du Puy-en-Velay
Caroline ROUX
Arcs trilobés et polylobés dans l’architecture romane. À propos des tribunes de Notre-Dame du Port de Clermont
Emmanuel GARLAND
Les églises du Serrablo, en Haut-Aragon, et le mythe mozarabe
Christiane KOTHE
Quelques traces artistiques des relations entre Al-Andalus et l’espace ibéro-occitan
Quitterie CAZES
À propos des “motifs islamiques” dans la sculpture romane du Sud-Ouest
Olivier POISSON
L’église de Planès et son interprétation comme mosquée au XIXe siècle
Jérôme BÉNÉZET
L’autel majeur de l’église Saint-Pierre de Théza et ses aménagements
Aymat CATAFAU
Conclusions
 

Résumés



La Catalogne autour de 1100
Martin AURELL

RÉSUMÉ
Les caractères arabes de l’anneau sigillaire d’Ermessende de Carcassonne, le mariage de son fils officié par Mundir, émir de Saragosse, la correspondance de sa bru Almodis de la Marche avec l’émir de Dènia, ou les noces de Maria Roderic, fille du Cid, avec Raimond Bérenger III mettent en scène, par le truchement des femmes, les relations que les Catalans entretiennent, à l’horizon 1100, avec l’Islam. Ils passent, en effet, d’une cœxistence pacifique, voire d’une ferme alliance pour combattre des coreligionnaires, à une hostilité ouverte. En 1148, avec la conquête de Tortosa, le territoire de la Catalogne a plus que doublé, et cette expansion géographique s’accompagne de l’affirmation identitaire de la catalanité. Pour lutter contre les Almoravides, le comte de Barcelone s’appuie sur l’idéologie de croisade soutenue par les légats pontificaux, alors que ses voisins péninsulaires captent plutôt l’héritage wisigothique avec les notions de destruction-restauration de l’Hispania. C’est en somme le passage de la collaboration à la guerre, avec ses prolongements idéologiques, qui apparaît alors comme l’élément déterminant des relations entre Chrétienté et Islam en Catalogne.

RESUM
Els caràcters àrabs de l’anell sigil.lari d’Ermessenda de Carcassona, el casament del seu fill oficiat per Mundir, emir de Saragossa, la correspondència de la seva nora Almodis de la Marca amb l’emir de Dènia o les noces de Maria Roderic, filla del Cid, amb Ramon Berenguer III escenifiquen, a través de les dones, les relacions entre Catalans i l’Islam cap el 1100. Passen llavors d’una coexistència pacífica, o millor d’una aliança ferma per combatre els seus correligionaris, a una hostilitat oberta. El 1148, amb la conquesta de Tortosa, el territori de Catalunya s’ha multiplicat per dos, i a aquesta expansió geogràfica s’afegeix l’afirmació identitària de la catalanitat. Per a lluitar contra els Almoràvids, el comte de Barcelona es recolza en la ideologia de creuada animada pels legats pontificals; en canvi, els seus veïns peninsulars capten l’herència visigòtica amb les nocions de destrucció-restauració d’Hispania. Així el passatge de la col·laboració en la guerra, amb les seves prolongacions ideològiques, apareix com l’element determinant de les relacions entre Cristianitat i Islam a Catalunya.

ABSTRACT
The Arabian graphic signs of the sealing ring of Ermessende de Carcassonne, the marriage of her son officiated by Mundir, Emir of Saragossa, the correspondance of her daughter-in-law Almodis de la Marche with the Emir of Denia or the marriage of Maria Roderic, the Cid’s daughter, with Raimon Berenger III, stage, through the women, the relations that the Catalans are keeping up in 1100, with Islam.They passed, indeed, from a peacefull coexistence, or even from a steady alliance to fight against co-religionists, with an open hostility.
In 1148, with the conquest of Tortosa, the territory of Catalonia increased more than twice, and this geographical expansion accompanies an identitary affirmation of catalanity. To struggle against Almoravides, the Count of Barcelona leans on the Crusade ideology, supported by the papal legates, even when his peninsular neighbours rather gain the Visigotic heritage with the notions of “destruction-restauration” of the Hispania. It’s altogether the new way of collaboration to the war, with its ideological prolongements which appears as the determining element of the relations between Christendom and Islam, in Catalonia.



Valence et les musulmans valenciens face aux chrétiens à l’époque de la reconquête
Pierre GUICHARD

RÉSUMÉ
On propose une brève vision de la société musulmane valencienne face aux chrétiens à l’époque de la Reconquête, de l’époque du Cid (fin du XIe siècle) à la répression de la dernière grande révolte des mudéjars valenciens (1275-1279). Dans une proportion importante, la population descend des romano-wisigoths qui peuplaient ces régions avant la conquête musulmane. Cette population est presque totalement islamisée à partir du second quart du XIIe siècle, moment où semblent bien disparaître les derniers éléments mozarabes identifiables. Elle est sans doute aussi très majoritairement arabisée culturellement. Les villes ont été des foyers actifs d’une arabisation linguistique qui s’est imposée aussi dans les campagnes. Les élites andalouses, bien que conscientes du caractère inéluctable de l’avancée chrétienne, ne parviennent pas à trouver une réponse adéquate à cette menace. La conquête catalano-aragonaise et la répression des révoltes détruisent les élites urbaines et l’appareil gouvernemental islamique, la population musulmane subsistante, majoritairement rurale, a la situation de minorité politiquement, socialement et économiquement dominée, dans une structure que l’on a pu qualifier déjà de “coloniale”.

ABSTRACT
We propose a brief vision of the Muslim society of Valencia in face of the Christians at the time of the Reconquest, from the time of the Cid (end of the XIth century) until the repression of the last great revolt of the Mudejars of Valencia (1275-1279). In a large proportion, the population is descended from the Romano-Wisigoths who were populating these regions, before the Muslim conquest. The population is almost entirely islamised from the second quarter of the XIIth century when the last identifiable Mozarabic elements seem to disappear. It is also certainly, in its majority, culturally Arabic. The town have been active centres of a linguistic arabisation which also forced itelf into the country. The Andalusian elite though aware of the ineluctable Christian advance, were not able to find an adequate answer to this threat. The Catalano-Aragones conquest, and the repression of the revolts overthrow the urban elites and the Islamic govermental apparatus. The still extant Muslim population, in most cases rural, is in situation of minority from political, social and economic points of view, dominated in a structure that could be qualified “colonial”



Les chrétiens orientaux face à l’Islam, de la fin du XIe à la fin du XIIIe siècle
Gérard DÉDÉYAN

RÉSUMÉ
Dans le conflit avec l’Islam à l’époque des Croisades, les chrétiens d'Orient, conformément à la mentalité de l’époque, où les références primordiales étaient religieuses, se rangèrent plutôt du côté des Francs – par ailleurs plus tolérants que les Byzantins.
Le ralliement fut, dans l’ensemble, actif – ce qui n’excluait pas des tensions parfois très graves, particulièrement dans le comté d’Edesse – de la part des princes arméniens de Cilicie, d’Euphratèse et d’Antiochène, la sympathie des commerçants et artisans étant limitée par le souci de leurs intérêts économiques. Au XIIIe siècle, le royaume d’Arménie cilicienne, autant et plus que les Etats latins, les chefferies maronites – avec davantage de réticences de la part des montagnards que de la part des gens du littoral – comptèrent également parmi les solides appuis des Francs. L’offensive des Bagratides de Géorgie ouvrit un second front sur les arrières des Saldjoûkides, puis des Zengides et des Ayyoûbides. Mais l’invasion mongole ne leur permit pas d’intervenir directement au profit des Francs. C’est comme vassaux, rudement tenus en mains (à la différence des Arméniens de Cilicie, plus éloignés et donc plus libres), de l’ilkhân mongol de Perse, qu’ils font campagne contre les sultans mamelouks d’Egypte.
L’aide militaire des autres communautés – à savoir les Jacobites, les Melkites – est plus difficilement mesurable, étant donné qu’elles fournissent une infanterie sur laquelle les Francs ont tendance à faire peser la responsabilité de leurs défaites. Ces Syriaques, voués plutôt aux arts de la paix, paraissent jouer un rôle assez marqué dans le royaume de Chypre, à l’époque de la lutte contre les Mamelouks, soit qu’ils combattent sous leur dénomination traditionnelle de “Syriens”, soit qu’ils peuplent les rangs des Turcoples, l’un d’entre eux parvenant, d’ailleurs, au rang de grand turcoplier du royaume.

RESUM
En el conflicte amb l’Islam a l’època de les Croades, els cristians d’Orient, d’acord amb la mentalitat de l’època en què els referents primordials eren religiosos, es van arrenglerar més aviat al costat dels Francs – sempre més tolerants que els Bizantins.
L’adhesió fou, en conjunt, activa – cosa que no excloïa tensions, a vegades molt greus, particularment al comtat d’Edessa – per part dels prínceps armenis de Cilícia, d’Eufrates i d’Antioquia, estant limitada la simpatia dels comerciants i artesans per la preocupació pels seus interessos econòmics. Al segle XIII, el regne d’Armènia ciliciana, tant o més que els Estats llatins, les chefferies maronites – amb més reticències per part dels habitants de la muntanya que no pas de la gent del litoral- es comptaren també entre els sòlids recolzaments dels Francs. L’ofensiva dels bragàtides de Geòrgia va obrir un segon front a la reraguarda dels seljúcides, i després dels zengites i dels aiúbides. Però la invasió mongol no els va permetre intervenir directament a favor dels Francs. És com a vassalls en mans de l’ilkhân mongol de Pèrsia que fan campanya contra els sultans mamelucs d’Egipte.
L’ajut militar de les altres comunitats – els jacobites, els melquites – és més difícilment mesurable ja que proporcionaven una infanteria en la que els Francs tenien tendència a fer-hi recaure la responsabilitat de les seves derrotes. Aquests siríacs, consagrats sobretot a les arts de la pau, semblen jugar un paper força remarcable en el regne de Xipre, a l’època de la lluita contra els mamelucs, sigui combatent sota la seva denominació tradicional de “siris”, sigui ocupant els llocs dels turcoples, i un d’entre ells arriba, d’altra banda, al rang de gran turcopler del regne.



Présence et reflets de l’art islamique en Italie méridionale au Moyen âge
Valentino PACE

RÉSUMÉ
Il y a toujours des difficultés persistantes pour assigner un lieu d’exécution à un important groupe d’olifants (cors en ivoire d’éléphant) des XIe et XIIe siècles. Sur la base d’indices comparatifs ou circonstanciels, des chercheurs ont suggéré l’Italie du Sud et plus précisément la Campanie (Salerno, Amalfi) comme lieu de production de nombre d’entre eux. Cependant, même si la sculpture campanienne montre quelques similarités avec ces objets, il ne peut être tenu pour certain que cela démontre une origine commune. Une recherche plus approfondie et une comparaison avec la sculpture des plus importantes églises du XIe siècle de Bari (Pouilles) montre que là pourrait se situer le centre de production le plus important pour les olifants. Cette hypothèse pourrait être renforcée par des correspondances iconographiques entre les olifants et des manuscrits apuliens. En outre, si les affinités stylistiques (déjà proposées par les chercheurs pour certains ivoires) et iconographiques sont toutes deux convaincantes, le contexte historique l’est encore plus pour rendre cette hypothèse digne de considération. Sans aucun doute, Bari était la cité où la commande aristocratique était la plus à même d’être influencée par les objets produits en milieu byzantin ou islamique. Pour ces raisons, les “olifants d’Italie du Sud” représentent un des aspects les plus fascinants et les plus énigmatiques de la vie artistique et sociale du monde méditerranéen et constituent un exemple des contacts étroits et fructueux entre Byzance, l’Occident et le monde islamique. Seule une recherche ultérieure permettra cependant de démontrer la validité de cette hypothèse.

ABSTRACT
There are still persisting difficulties in assessing the place where a large group of eleventh- and twelfth-century ”oliphants” (elephant tusks) were executed. On the basis of circumstantial and comparative evidence, scholars have suggested Southern Italy and more precisely Campania (Salerno or Amalfi) as the locality where a number of these objects might have been produced. However, although Campanian sculpture bears some similarity with these works, it cannot be taken for granted that this proves a common place of origin. Further investigation and comparison with the sculpture of its most important churches may prove that eleventh-century Bari (Apulia) may have been the major center of production of these oliphants. In fact, evidence for this supposition may be also supported by iconographic similarities between the oliphants and Apulian mss. Furthermore, if both stylistic affinities (already proposed by scholars for some ivories) as well as iconographic ones are convincing, even more so is the historical context which makes this hypothesis worthy of serious consideration. Indeed, Bari was most likely the city where aristocratic and wealthy patronage would have been affected by artifacts produced in a Byzantine and Islamic milieu. For these reasons, ”Southern-Italian oliphants” represent one of the most fascinating and enigmatic aspects of the artistic and social life of the Mediterranean world and provide an example of the deep and fruitful contacts between Byzantium, Islam and the West. Only further research may prove the viability of the argument here presented.



Des objets en migration : les itinéraires des objets islamiques vers l’Occident latin au Moyen âge
Avinoam SHALEM

RÉSUMÉ
De nombreuses églises, en Occident latin, exposent fièrement des objets dans leurs trésors. De plus, selon des inventaires médiévaux un grand nombre d’objets islamiques sont connus pour avoir été conservés dans les trésors des églises d'Europe. Nombre d’entre eux ont simplement disparu. D’autres ont été pillés, saccagés ou même détruits pendant les guerres. Malgré tout, un petit nombre d'objets islamiques conservés dans des collections publiques ou privées, sont connus comme ayant été à l’origine conservés dans des trésors d’églises. Ainsi, les objets islamiques conservés ou connus pour avoir été gardés dans l'Occident médiéval sont les “témoignages archéologiques” des intenses relations Est-Ouest. Le but de cette courte étude est d’illustrer les diverses voies par lesquelles les objets islamiques ont atteint l’Occident latin. C’est pourquoi ces objets ne sont pas classés selon selon leur matière, leur provenance ou leur date, mais plutôt selon leur biographie, à savoir leur mode de provenance spécifique jusqu’à l’Occident latin. C’est-à-dire en tant que souvenirs sanctifiés, présents royaux ou diplomatiques, trophées de guerre ou marchandises de luxe.

RESUM
Nombroses esglésies de l’Occident llatí ostentaven orgullosament objectes islàmics en els seus tresors. A més a més, i a partir dels inventaris medievals, és sabut que un important nombre d’objectes islàmics es conservaven en tresors d’esglésies a Europa. Molts d’aquests objectes simplement han desaparegut. Altres foren víctimes de saquejos o van ser destruïts en moments de guerra. Només alguns dels que ara es conserven en col·leccions públiques i privades se sap que originàriament havien format part de tresors d’esglésies. Així, els objectes islàmics, tant els que ens han arribat com els que sabem que es conservaven a l’Occident medieval, són l’”evidència arqueològica” de la intensa relació Est-Oest.
L’objectiu d’aquest breu estudi és il·lustrar la varietat de vies a través de les quals els objectes islàmics van arribar a l’Occident llatí. Per això, els objectes no estan classificats segons el seu material, procedència o datació, sinó més aviat segons la seva biografia i, especialment, el seu itinerari particular cap a Occident. Eren peces sagrades i souvenirs, obsequis reials i diplomàtics, trofeus de guerra i béns de luxe amb valor comercial.

ABSTRACT
Numerous churches in the Latin West proudly display Islamic objects in their treasuries. Moreover, according to medieval inventories, a large number of Islamic artefacts are known to have been kept in church treasuries in Europe. Many of them have simply disappeared. Others were sacked, looted or even destroyed during wars. Nonetheless, quite a few Islamic artefacts, which are kept at present in public and private collections, are known to have originally been kept in church treasuries. Thus, the Islamic objects kept or known to have been kept in the medieval West are the ‘archaeological evidence’ for the intensive East-West relationship.
The aim of this short study is to illustrate the varied ‘routes’ by which Islamic objects reached the Latin West. Therefore the artefacts are not classified according to their material, provenance or date but rather according to their biography, namely their specific itinerary route of transport to the Latin West. These are: blessed mementoes and souvenirs, royal and diplomatic presents, trophies of wars and luxury traded goods.



À propos de la cuve de Xàtiva : un exemple de synthèse des substrats classique et islamique
Milagros GUARDIA

RÉSUMÉ
Cet article étudie une cuve de marbre rosé réalisée et conservée dans la ville hispano-musulmane de Xàtiva (ancienne Saetabis romaine). Cette cuve, un objet de grandes dimensions et d’une typologie très peu fréquente, est décorée d’une frise en relief exceptionnelle dans le panorama de la production artistique de provenance andalouse. Les thèmes et les scènes analysés ont leur origine dans des cultures diverses, ayant en commun la transmission de thèmes princiers classiques qui ont été l’objet d’une véritable systématisation. Parmi ces thèmes on doit souligner, sur la cuve, ceux venus de l’Egypte fatimide. La composition finale est précisément adaptée à la structure de la cuve, elle montre un programme iconographique extrêmement cohérent. La filiation de l’objet et sa chronologie – que nous plaçons dans le XIIe siècle – permet de s’interroger sur l’art hispano-musulman de l’époque des taifas et almoravide, et en même temps de suggérer de nouvelles directions d’étude.

RESUM
En aquest article s’analitza una pica de marbre rosat realitzada i conservada a l’antiga ciutat hispano-musulmana de Xàtiva (la Saetabis romana). La pica, de grans dimensions i amb una tipologia poc freqüent, és decorada amb un fris en relleu figurat que constitueix un cas excepcional dins del panorama de la producció artística conservada de procedència andalusí. Els temes i les escenes analitzades permeten deduir uns orígens en diverses cultures mediterrànies antigues i que constitueixen part del repertori o cicle principesc i que han estat rigorosament sistematitzades en aquesta obra. Es posa especial èmfasi en els préstecs iconogràfics respecte de l’art de l’Egipte fatimí. La composició que en resulta ens porta a comprendre un programa iconogràfic complex i coherent. La filiació de l’obra i la seva cronologia, que situem al segle XII, ens permeten plantejar algunes línies d’anàlisi de l’art hispano-musulmà dels períodes taifal i almoràvit.



Sur les supposées influences islamiques dans l’art roman : l’exemple de la cathédrale Notre-Dame du Puy-en-Velay
Xavier BARRAL i ALTET

RÉSUMÉ
En 1911, Emile Mâle a proposé que certains caractères architecturaux et décoratifs de la cathédrale Notre-Dame du Puy, et d'autres édifices auvergnats, avaient une origine arabo-islamique, à travers l'Espagne musulmane. Une meilleure compréhension de ces caractères, et du substrat culturel pré-roman fait aujourd'hui justice de cette théorie des influences.

RESUM
El 1991, Emile Mâle proposava que certs caràcters arquitecturals i decoratius de la catedral de Notre-Dame du Puy tenien un origen arabo-islàmic, a través de l'Espanya musulmana. Una millor comprehensio d'aquests caràcters i de les precedències culturals del romànic desment avui dia aquesta teoria de les influències.

ABSTRACT
In 1911, Emile Mâle propose that many architectural or decorative features of the Notre-Dame du Puy cathedral, and of others buildings of Auvergne, followed an arabo-islamic pattern, through muslim Spain. A better comprehension of these features, and of the cultural background before the romanesque period leads us to reject this theory of influences.



Arcs trilobés et polylobés dans l’architecture romane. À propos des tribunes de Notre-Dame du Port de Clermont
Caroline ROUX

RÉSUMÉ
A l’issu d’un bilan historiographique sur la question des arcs polylobés romans en France, il apparaît qu’aucune étude ne s’est jamais consacrée aux arcs des tribunes de la collégiale clermontoise. Cet ensemble d’arcs, pourtant bien connu depuis la mise en lumière d’Émile Mâle en 1911, a longtemps placé l’Auvergne au cœur des fondements de la théorie des influences islamiques. Les trilobes soulèvent d’importantes problématiques, selon que l’on considère les questions architectoniques, les ordonnances ou la place qu’occupent ces tracés au sein du contexte architectural de la région et, plus largement, français.

RESUM
Després d’un balanç historiogràfic sobre els arcs polilobulats romànics a França, es constata que mai no s’ha dedicat cap estudi als arcs de les tribunes de la col·legiata de Clermont-Ferrand. Aquest conjunt d’arcs, ben conegut des del 1911 en què Émile Mâle els va publicar, ha situat l’Auvèrnia durant molt temps al centre dels fonaments de la teoria de les influències islàmiques. Els trebolats menen a importants problemàtiques, segons es consideri les qüestions arquitectòniques, la seva ordenació o el lloc que ocupen aquests dissenys en el context arquitectònic de la regió i, més en general, francès.

ABSTRACT
Making an historiographical balance about romanesque multifoiled archs in France, it appears that no study has been dedicated to those of the galleries of Notre-Dame du Port. This group of archs, well known since the considerations made by Emile Mâle in 1911, longer placed Auvergne at the heart of a theory of an islamic influence on the romanesque art. In fact, trefoiled archs carry on serious and various problems, as considering architecture, ordering or the place that these peculiar forms take in the regional context, and the whole France.



Les églises du Serrablo, en Haut-Aragon, et le mythe mozarabe
Emmanuel GARLAND

RÉSUMÉ
Le bassin supérieur du Gallego, situé au cœur du royaume d’Aragon naissant, constitue une entité historique et géographique où un nombre important d’églises du Haut-Moyen ge présentent des caractères communs fortement typés. Leur datation et l’origine de ces caractères particuliers divisent les historiens de l’art entre les partisans d’une datation haute associée à la reconnaissance d’une influence mozarabe, et ceux d’une attribution à l’époque romane. Pourtant l’étude de ces églises, menée à partir de celle de la plus achevée d’entre elles, Saint-André de Lárrede, l’observation attentive d’édifices indubitablement antérieurs, et celle d’un ensemble monastique récemment découvert (San Pelay de Gavín) permettent d’écarter de manière formelle l’idée qu’elles puissent relever de l’art mozarabe stricto sensu. Tout indique que cet ensemble roman original procède d’une volonté politique et artistique qu’un certain nombre d’indices conduisent à attribuer à l’abbé Banzo de Fanlo (seconde moitié du XIe siècle). Celui-ci sut encourager et développer un style roman propre à cette région qui fait du Serrablo, quelles que soient les velléités de récupération à des fins commerciales ou culturelles contemporaines, un authentique témoin du génie roman.

RESUM
La conca superior del Gállego, situat al cor del naixent regne d’Aragó, constitueix una entitat històrica i geogràfica en la que un nombre important d’esglésies de l’Alta Edat Mitjana presenten trets comuns fortament caracteritzats. La seva datació i l’origen d’aquests caràcters particulars divideixen els historiadors de l’art entre els partidaris d’una datació alta, associada al reconeixement d’una influència mossàrab, i aquells partidaris d’una atribució en època romànica. Amb tot, l’estudi d’aquestes esglésies, fet sobretot a partir del de la més acabada d’entre elles, San Andrés de Lárrede, l’observació atenta d’edificis indubtablement anteriors, i la d’un conjunt monàstic descobert recentment (San Pelay de Gavín), permeten descartar de manera formal la idea que puguin derivar de l’art mossàrab stricto sensu. Tot indica que aquest conjunt romànic original procedeix d’una voluntat política i artística que un cert nombre d’indicis condueixen a atribuir a l’abat Banzo de Fanlo (segona meitat del segle XI). Aquest va saber encoratjar i desenvolupar un estil romànic propi en aquesta regió que fa del Serrablo, siguin quines siguin les vel·leïtats de recuperació amb finalitats comercials o culturals contemporànies, un autèntic testimoni del geni romànic.

ABSTRACT
The upper basin of the river Gallego, in the heart of the newborn realm of Aragon, is a geographical and historical entity with a significant number of early medieval churches which have common peculiar characteristics. Art historians disagree on the origin and on the period when these churches were built: some consider that they belong to the Mozarab period, while others believe that they were built during the Romanesque one. The study we undertook through its best achievement, the church of Sant Andrés de Lárrede, jointly to an analysis of three chapels which are undoubtedly older, and to the study of the recently discovered ruins of the monastery of San Pelay in Gavín provide a new insight on their filiations, and lead to reject the mozarab hypothesis. It is clear enough that this is an outstanding genuine Romanesque group of churches which results from a political and artistic will that some clues lead us to assign to Banzo, abbot of Fanlo in the second half of the eleventh century. This remarkable abbot elaborated and promoted a new type of churches which makes Serrablo, whatever modern economical or cultural drivers may be, an authentic testimony of Romanesque genuine skill at his best.



À propos des “motifs islamiques” dans la sculpture romane du Sud-Ouest
Quitterie CAZES

RÉSUMÉ
L’histoire de l’art de la première moitié du XXe siècle a été conquise par l’idée qu’une part de l’art roman était redevable à l’art d’al-Andalus ; en fait, si l’on peut établir une relation, c’est que les deux puisent à la même source de l’Antiquité, et que certains motifs participent d’un goût partagé. Il est frappant de constater que dans la sculpture du Sud-Ouest de la France au XIe et début du XIIe siècle, dans une région pourtant largement concernée par ce qui se passe au-delà des Pyrénées, il n’y a que très peu d’allusion aux Musulmans. Dans ce contexte, le chapiteau du cloître de Moissac qui porte un décor au net “parfum mauresque” présente un intérêt tout particulier puisqu’il permet de comprendre la genèse d’un motif de la sculpture romane.

RESUM
La història de l’art de la primera meitat del segle XX ha estat marcada per la idea que una part de l’art romànic depenia de l’art de l’Al-Andalus; de fet, si es pot establir una relació, aquesta és que ambdós beuen de la mateixa font de l’Antiguitat, i que certs motius participen d’un gust compartit. És sorprenent constatar que en l’escultura del Sud-Oest de França al segle XI i principis del segle XX, en una regió per altra banda àmpliament afectada pel que passa més enllà dels Pirineus, hi ha molt poques al·lusions als Musulmans. En aquest context, el capitell del claustre de Moissac que conté una decoració de clar “perfum moresc”, presenta un interès ben particular ja que permet comprendre la gènesi d’un motiu de l’escultura romànica.

ABSTRACT
The story of Art of his first half of the XXth century has been conquered by the idea that a part of the romanesque art was indebted to the art of Al-Andalus. In fact, if we may take this for granted, the two arts draw from the same spring of Antiquity, and certain motives appear from a shared taste.
It’s striking to note that, in the sculpture of South-West of France, during the XIth century and at the beginning of the XIIth, in a region however broadly concerned by what happens beyond the Pyrenees, we find only a very small allusion to the Muslims. In this context the capital of Moissac’s cloister whith shows a scene “Moorish flavour” has a very peculiar interest since it permits to understand the genesis of a motive of the romanesque sculpture.



L’église de Planès et son interprétation comme mosquée au XIXe siècle
Olivier POISSON

RÉSUMÉ
L’église de Planès excite depuis plusieurs siècles la curiosité : c’est un édifice de plan triangulaire, à trois absides, pour lequel il n’existe aucune véritable comparaison. Jugé depuis le XIXe siècle appartenir à l’époque romane, l’édifice a été considéré, entre la fin du XVIIIe siècle et le début du XIXe, comme d’origine arabo-musulmane, élevé à l’origine pour être une mosquée.
L’article fait l’historique et le commentaire de cette identification, et propose une analyse de sa signification dans l’historiographie roussillonnaise.

RESUM
L’església de Planès excita desde molt temps la curiositat : es tracta d’un edifici de forma triangular, flanquejat de tres absis, pel cual no existeix, de veritat, cap terme de comparació. Jutjat desde l’inici del s. XIX ésser un edifici romànic, mentrestant va ser considerat durant un llarg espai de temps, entre el final del s. XVIII i l’inici del s. XIX, d’origen arabo-musulmà, edificat per a mesquita.
L’article resuma l’història d’aquesta identificació i la commenta, i proposa una analisi de la seva significació en la historiografia rossellonesa.

ABSTRACT
The Planès church excites curiosity since some centuries : it is a triangular-planned building, with three apses, for which there is no real comparison in the West. Attributed since the XIXth century to the romanesque period, it was considered, between the end of the XVIIIth and the middle of the XIXth centuries as an arabo-islamic building, originary a mosque.
This article studies the history of that identification and proposes an analysis of its signification in the context of Roussillon historiography.